Peu après 10h, sur les pontons du port de La Grande-Motte, les moteurs ronronnent et les derniers briefings s’échangent. Quatre embarcations prennent la mer dans le cadre de l’opération “Sécurité mer”, conduite par Hélie Montané de La Roque, chef de service adjoint à la Direction départementale des territoires et de la mer (DDTM), présent sur l’un des bateaux. “Cette opération est planifiée chaque été, en juillet et en août, explique-t-il. Elle vise avant tout à sensibiliser les plaisanciers aux règles de sécurité. Mais en cas de manquement grave, des sanctions peuvent évidemment être prises.”
Les quatre bateaux – gendarmerie maritime, brigade nautique et l’unité littorale des affaires maritimes – se répartissent le long du littoral entre Palavas et la zone portuaire du Grau-du-Roi. Objectif : assurer une couverture maximale de la zone. Le vent souffle fort, dissuadant nombre de plaisanciers de sortir. “Ce genre de conditions rend la navigation plus technique, mais ce sont aussi des journées où il y a paradoxalement moins de monde à contrôler, commente Hélie Montané de La Roque. C’est la preuve que certains messages sont déjà passés”.
A bord avec la brigade nautique
Sur l’un des bateaux engagés, celui de la brigade nautique du Grau-du-Roi, l’adjudant-chef Christophe Léger, fort de 23 années d’expérience, dirige les opérations. À la barre, David Sauveplane veille à la trajectoire malgré les rafales. À l’arrière, Benjamin Salvador, récemment arrivé dans l’unité, apprend à conjuguer contrôle, vigilance et imprévus.
Le premier contrôle s’effectue à proximité du Grau-du-Roi, sur un voilier au mouillage. Pour éviter que les embarcations ne s’entrechoquent, le pilote dose la puissance du moteur et prend les vagues, tandis qu’à l’arrière, ses collègues positionnent une bouée de protection sur les flancs et le cordage pour stabiliser l’écart entre les deux embarcations. Moins de deux mètres séparent les deux coques. Dans un geste sûr, Christophe Léger saute sur le voilier pour aller à la rencontre du plaisancier, visiblement mécontent de recevoir de la visite.
L’homme, un retraité de l’éducation nationale, se prépare à appareiller pour les Baléares, mais il attend que le vent tombe. Ses papiers sont en règle. En revanche, ses gilets de sauvetage, eux, ne le sont plus. "Malgré son expérience, il avait négligé la mise à jour de son équipement, ce qui aurait pu avoir de graves conséquences", note Christophe Léger. "Nous avons dressé un procès-verbal mais restons ouverts au dialogue : il dispose d’un délai pour régulariser la situation en présentant une preuve d’achat. Ce qu’on cherche, c’est la sécurité, pas la sanction pour la sanction", résume le chef de bord.
Le vent tourne
En fin de matinée, l’opération de contrôle prend soudain un autre visage. Ce n’est pas un appel radio qui mobilise les gendarmes, mais un pilote de zodiac venu à leur rencontre. Incapable de porter secours lui-même, il signale un kite-surfeur en détresse, dérivant vers la digue du Grau-du-Roi.
L’homme, une soixantaine d’années, est épuisé, incapable de regagner la côte par ses propres moyens. Tandis que David Sauveplane positionne prudemment l’embarcation, Benjamin Salvador se charge de l’intervention. Il lance une corde que le kite-surfeur attrape, dégonfle et replie la voile pour éviter toute traction, puis positionne l’échelle de secours. Il aide l’homme à remonter sa planche, puis l’assiste pour qu’il grimpe à bord.
Trempé et essoufflé, le kite-surfeur est installé à l’arrière pour reprendre ses esprits. Les gendarmes prennent son identité pendant qu’il récupère, encore secoué par l’incident. “Vous avez eu de la chance, on est en opération exceptionnelle sur le secteur !”, lui glisse Benjamin Salvador pour détendre l’atmosphère. L’homme sourit, visiblement soulagé.
Quelques minutes plus tard, David Sauveplane manœuvre prudemment pour rapprocher le bateau au plus près du rivage, sans risquer d’échouer. Le kite-surfeur, encore secoué mais rassuré, regagne la terre ferme à la force des bras, la voile repliée sous le torse, pendant que les agents veillent à ce qu’il parvienne à bon port. “C’est un volet essentiel de notre mission, rappelle l’adjudant-chef. Les opérations en mer ne se limitent pas aux contrôles administratifs. Il s’agit aussi de répondre présents quand la situation dérape. La Méditerranée est redoutable.”





