Hérault Tribune

L'Agence Bio, "vigilante" sur son budget, partie à la reconquête des consommateurs

L'Agence Bio reste « vigilante » sur les budgets qui lui sont alloués pour promouvoir une agriculture sans pesticide ni engrais de synthèse et structurer cette filière, a déclaré jeudi 27 février son président lors de la présentation d'une campagne pour reconquérir les consommateurs.

par wp Hérault Tribune avec AFP

Publié le 1 mars 2025 à 11h31 · Modifié le 6 janvier 2026 à 23h02

L'Agence Bio tente de séduire les chefs, comme Laurent Cherchi aux Reflets d'Obione à Montpellier, pour inscrire les vins bios à leurs cartes © DR.

"Il y a encore des 'rounds' budgétaires sur lesquels il faut être vigilant", a souligné Jean Verdier lors d'une conférence de presse au Salon de l'agriculture à Paris. Le budget de fonctionnement de cette plateforme nationale, 2,9 millions d'euros, avait un temps été menacé par un amendement de la droite sénatoriale au projet de loi de finances 2025 auquel la ministre de l'Agriculture ne s'était pas opposée. Il a finalement été maintenu après une levée de boucliers généraux des syndicats et filières agroalimentaires.

"L'actualité nous a secoués mais nous a aussi permis de faire beaucoup de pédagogie sur nos missions", ajoute Jean Verdier. L'agence espère désormais que l'enveloppe du Fonds Avenir Bio destiné à soutenir des projets de développement de filières biologiques ne subira pas "un coup de robot" dans le cadre de la baisse du budget du ministère de l'Agriculture, explique sa directrice Laure Verdeau.

En 2024, ce fonds avait été abondé de 5 millions d'euros au titre des crédits d'émission de la planification écologique pour atteindre 18 millions d'euros, indique le site de l'agence.

Selon le dernier baromètre de l'Agence Bio, présenté mercredi 26 février, le nombre de producteurs engagés en bio a légèrement augmenté (+0,8%) en 2024, s'établissant à 61 669 exploitations (sur un total de 390 000). Mais le nombre de transformateurs, distributeurs ou stockeurs de produits bio a lui baissé (-2,8%).

L'agence redoute surtout une deuxième année consécutive de baisse des surfaces en bio : l'afflux de petits maraîchers ne compense pas la "déconversion" de grands céréaliers et les premiers chiffres pour 2024 suscitent "l'inquiétude" alors que l'objectif de 21% de surfaces en bio en 2030 (contre 10% aujourd'hui) vient d'être inscrit dans la loi.

Le bio, c'est "aussi du kebab"

"Ce serait un comble que le marché redémarre et qu'il faille importer des produits bio" pour répondre à la demande, ajoute Laure Verdeau, au lancement de la nouvelle campagne de l'agence : "C'est Bio la France". La part des clients consommant au moins une fois du bio par mois a considérablement augmenté (de 40 à 76%) entre 2011 et 2021, avant de chuter en raison de l'inflation, à 54%, en 2023.

En 2024, cette proportion est restée stable alors même que les contraintes sur le pouvoir d'achat des ménages se sont un peu relâchées.

Plus de 80% des consommateurs occasionnels affirment que les prix du bio sont les principaux responsables de leur rareté dans les paniers de course. Laure Verdeau souhaite cibler aussi ceux qui disent "ne pas avoir le réflexe" ou "ne pas voir l'intérêt" de manger bio.

Selon le baromètre, le bio est rapidement associé aux bienfaits pour la santé et l'environnement mais moins souvent au "plaisir" et à la convivialité.

La campagne de communication, dont le coût s'élève à cinq millions d'euros par an sur trois ans, veut donc mettre en avant des moments comme l'apéritif ou des produits comme la viande, voire "la pizza et le kebab", pour montrer que le bio ce n'est "pas seulement les végétariens et les végans" mais bien un "mode de production" et un "label de qualité", lance Laure Verdeau.

Le bio à la carte des restos montpelliérains

"Seulement 6 % des Français mangent bio et seulement 1% des produits proposés à la cartes des restaurants le sont", indique Laure Verdeau à Hérault Tribune. "On veut aller plus loin et on se dit que la première porte d'entrée dans un restaurant pour le bio, c'est le vin", poursuit-elle. Le produit est fini, identifiable, "marketé", valorisé par les sommeliers et prisé par les consommateurs en quête de sens. Dessiné pour gagner, en somme.

Le restaurant étoilé Les Reflets d'Obione, à Montpellier, est l'un des fers de lance de cette campagne baptisée "Cuisinons Plus Bio". Et même un très bon élève : en plus de son étoile rouge Michelin, il arbore fièrement une étoile verte pour l’innovation durable sur sa devanture. "Une vitrine du bio glamour et délicieux", se réjouit la directrice de l'Agence Bio.

"Nous avons ouvert en 2018 avec une éthique sur l'alimentation", explique son chef, Laurent Cherchi, qui propose ce qui l'appelle "une cuisine de conscience" dans son restaurant. "Le vin bio est une évidence. Le tout est de l’accorder avec une cuisine en adéquation, en privilégiant des produits bio, locaux et de saison." Le jeune et talentueux chef travaille ainsi avec une centaine de producteurs, dont plus de la moitié sont certifiés bio. "Nous sommes aussi regardant sur le travail des vignerons respectueux de leurs terres. Les vins sont, au final, moins chargés en substances et plus digestes."

Cela suffira-t-il à convaincre autant les restaurateurs que les consommateurs dans un contexte économique peu favorable au bio ? En tout cas, Laure Verdeau y croit : "On ne peut pas passer à côté de notre objectif national qui est de 18 % de bio à horizon 2027 !"