À Saint-Drézéry, ce mardi matin, on ne parlait ni vendanges ni météo, mais groins et dégâts. Sur une exploitation viticole, le préfet de l’Hérault François-Xavier Lauch est venu écouter viticulteurs et chasseurs, escorté de Jérôme Despey (Chambre d’agriculture) et Max Allies (chasseurs de l'Hérault). La commune n’a pas été choisie au hasard : “C’est une zone très touchée à l’automne”, rappelle-t-il, avec des “cultures en danger”. Verdict après la tournée des rangs : une commission départementale de la chasse et de la faune sauvage sera réunie dans deux mois. Objectif, selon lui : “Fixer des décisions supplémentaires pour protéger les cultures, en particulier les vignes.”
Les sangliers, un problème qui ne faiblit pas
Le sanglier n’est plus un simple visiteur : il est désormais classé nuisible (ESOD) dans 123 communes de l’Hérault. Deux périodes sont redoutées : au printemps, lorsque la vigne “fait ses bourgeons”, puis à la maturation du raisin, en ce moment. À Saint-Drézéry, 99 sangliers ont été abattus en 2024.
Des chiffres en augmentation. "Une trentaine de chasseurs ont éliminé 120 sangliers en quelques mois. Imaginez-vous bien que ce n’est pas possible à la fin”, lâche le préfet. Malgré les efforts, les dégâts restent considérables.
Les moyens actuels montrent leurs limites. La fédération de chasse met bien 300 000 euros par an pour équiper les agriculteurs en clôtures électriques, mais les animaux contournent, forcent ou passent ailleurs. Alors il faut changer les méthodes, construire plus, ensemble. “Je n’ai pas vendu de rêve ni de magie ce matin, mais au moins qu’on se mette d’accord sur des actions communes”, résume François-Xavier Lauch.
Réguler plus… et mieux
Le préfet annonce vouloir des “bougées réglementaires” pour abattre davantage, mais pas n’importe comment. Plusieurs leviers sont évoqués : renforcer les battues et mieux coordonner les actions collectives, former davantage d’agriculteurs au permis de chasse et les habiliter au piégeage, mieux exploiter les techniques autorisées comme l’approche et l’affût (possibles du 1er juin au 31 mars), examiner la piste du tir de nuit et mobiliser les louvetiers.
Pour piloter tout cela, le préfet de l’Hérault mise sur une alliance durable entre Chambre d’agriculture et Fédération des chasseurs : “Je leur ai demandé de se mettre autour de la table pour me faire des propositions. Ils vont travailler ensemble.” Et de rappeler que sur le terrain, “chasseurs et agriculteurs sont souvent les mêmes”.
Trop de carcasses, pas assez de débouchés
Réguler plus suppose aussi de savoir quoi faire de la viande. Car abattre sans écouler devient un frein. “Abattre du gibier sans déboucher, c’est un frein très net à la chasse”, concède le préfet. Il propose de relancer l’initiative amorcée l’an passé : “fournir la viande aux banques alimentaires et aux Restos du Cœur, créer un lien structuré entre chasseurs et distributeurs de denrées”. Et pourquoi pas aller plus loin : “monter une filière locale de valorisation”, capable d’absorber les volumes à venir.
Les premières propositions sont attendues début décembre, lors du commission exceptionnelle. Le calendrier est serré : il faut être prêt avant le printemps, “au moment où la vigne fait ses bourgeons”.





