Hérault Tribune

À cause de la pluie, les fraises de l’Hérault “manquent de sucre” 

Après un début de printemps pluvieux, les averses devraient revenir le week-end de Pâques selon Météo France. De quoi inquiéter les producteurs de fraises du département de l’Hérault alors que les délicats fruits rouges sont sensibles à l’humidité, risquent de pourrir et d’être les victimes des limaces qui se multiplient. Sans compter le manque de soleil qui fait baisser la teneur en sucre. Reportage.

par Thea Ollivier

Publié le 19 avril 2025 à 08h03 · Modifié le 6 janvier 2026 à 22h59

Une fraise a pourri à cause de la pluie à Lansargues, avril 2025 © T.O / Hérault Tribune

Sur de longues buttes de terre en plein champ, des milliers de fraisiers sont plantés. Leurs fleurs blanches et fruits rouges se devinent derrière des bâches en plastique trempées. Quelques ouvriers passent dans les allées pour soulever ces tunnels qui les protègent de la pluie. “Avec les dernières averses, il y a trop d’humidité. Il faut aérer”, explique Amal Stinga, la cogérante de cette exploitation de plus de 50 hectares à Lansargues. 

Dans l’Hérault en 2023, 31 hectares de fraises ont été cultivées en plein air pour une production de 6 965 quintaux. Contre 32 hectares de fraises sous serre pour 6 080 quintaux, selon les statistiques agricoles annuelles les plus récentes de la Chambre d’agriculture de l’Hérault. Mais avec un début de printemps pluvieux qui devrait durer jusqu’à la fin du mois d’avril selon Météo France, les producteurs de fraises prennent l’impact des pluies de plein fouet. 

Récolte les pieds dans la boue

Amal Stinga et son mari Ionut Stinga sont en train de récolter les 1,5 hectare de fraises Cléry qu’ils ont planté en plein champ au mois d’août dernier. Et ils commencent à ramasser les 2,5 hectares de fraises plantées sous serre en décembre.

Le problème quand il pleut, c’est qu’on ne peut pas ramasser les fraises en plein champ. Il y a trop de boue, on ne peut pas passer avec les cagettes. Et parfois les fruits sont sales et c’est plus compliqué à commercialiser”, explique Amal Stinga, qui embauche 24 à 28 ouvriers à cette saison, avant de passer aux melons et aux pastèques.  

Nos fraises manquent de sucre car on n’a pas eu assez de soleil”, regrette Ionut Stinga, lui aussi gérant de l'exploitation. “Elles ne mûrissent pas assez vite donc on ramasse avec un peu de retard”, continue le producteur qui espère tout de même récolter 70 tonnes cette année.  

Humidité et maladie

Un constat partagé avec Stéphane Cabrol, qui a une exploitation à Alignan-du-Vent, petite commune rurale à côté de Pézenas et qui regrette “la faible teneur en sucre” de ses fraises. “On doit aussi faire attention à la pourriture car même sous abri, les fraises n’aiment pas l’humidité ambiante. Il faut que ça ventile”, explique le producteur, qui ouvre les portes des serres où sont plantés ses 3 000 m² de fraise sous serre.

Car l’humidité favorise le développement du botrytis, une maladie provoquée par un champignon qui fait pourrir le fruit. “Il faut aérer tout le temps. Même quand il pleut, on ferme le haut des serres et on ouvre les bâches sur les côtés. C’est beaucoup de vigilance”, acquiesce Ionut Stinga, le producteur de Lansargues, alors que la maladie est très contagieuse. 

"Sur le pied de guerre du matin au soir"

On surveille nos fraises comme des bébés car l’humidité est porteuse de maladies et de moisissures”, renchérit Denyse Giner, productrice à La Cabane de Mauguio. Elle fait de l’agriculture raisonnée et ne peut donc pas utiliser de traitements chimiques. “On est très attentifs et très tendus, sur le pied de guerre du matin au soir. Car la récolte risque d’être compromise”, s’inquiète la productrice. “La fraise ne tient pas, elle coule… On met en place une récolte pour les confitures.” 

Et la pluie veut aussi dire limaces. “On n’en avait pas l’année dernière mais on est infestés cette année. On met des produits chimiques pour les tuer mais des fraises sont tout de même touchées”, constate, dépitée, Amal Stinga en prenant dans ses mains un fruit rouge qui gît dans la terre, percé d’un trou par un gastéropode.